Une alternative de vie - Une radio communautaire au Nicaragua
Par : sam
- 07 Aout 2008
Le Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero de Nandaime au Nicaragua a vu le jour en 1989. En 1991, l'idée du tourisme solidaire se réalise et un premier groupe du Québec visite le centre. Depuis, des milliers de jeunes ont vécu un séjour solidaire au CCOAR. L'évolution du centre a été remarquable et les services offerts sont de plus en plus diversifiés.
10 jours chez les Gaitan
Le groupe d'étudiants dont je faisais partie a d'abord été accueilli par les responsables du centre pour quelques nuits, mais pour le reste du stage, c'était une famille nicaraguayenne qui m'a accueilli. La famille de Rolando Gaitan et Claudia. Bien sûr, le centre prévoit un horaire relativement chargé donc la plupart des journées se déroulaient à l'extérieur des familles.
Mais dans ma famille, j'occupais mon temps à participer aux tâches de la maison, à discuter, à apprendre l'espagnol et à jouer avec les enfants. Ce sont ces moments qui sont les meilleurs souvenirs. Un après-midi, Rolando me proposa d'aller au moulin pour moudre du maïs qu'il avait fait griller. Il sort son vélo... et me propose d'embarquer avec lui! Bon j'avais déjà fait ça quelques fois avec mes amis, mais dans les rues du Québec, pas dans les rues du Nicaragua. Comme pas mal partout en Amérique centrale, les rues sont souvent inégales, mais surtout parsemées d'obstacles animaux et de trous d'eau douteux. On s'est quand même rendu à destination après m'être fait dire que j'étais un piètre conducteur de vélo. C'était un endroit sombre qui faisait un bruit d'enfer. En échange de quelques cordobas (la monnaie locale), un homme a pris le maïs et a parti sa machine qui faisait aussi monté un nuage de fumée du à la farine qui avait un peu partout. Puis, on est reparti avec notre farine.
Étonnamment, le maïs a servi à faire un jus. La recette est simple: de l'eau, de la farine de maïs et du sucre. Le résultat n'est pas si mal, mais les grumeaux sont un peu désagréables dans le fond du verre.
Sinon, à l'horaire, il y avait des conférences, des travaux à la ferme, un peu de tourisme (visite de la capitale, entre autres) et pas mal de temps passé avec les Nicas. Dans chaque activité, le CCOAR a pour objectif la sensibilisation des stagiaires pour qu'ils prennent conscience de la réalité du Sud.
Les conférences présentaits les projets telles la radio communautaire, la clinique médicinale et la distribution de bourses secondaires et universitaires. Ainsi, on a pu comprendre les problèmes sociaux du deuxième pays le plus pauvre d'Amérique, mais on a aussi pu réaliser qu'il y a des solutions. L'initiative du CCOAR est un exemple merveilleux. Avec près de 40 employés, c'est le deuxième plus gros employeur de Nandaime. Il offre des emplois emplois épanouissants qui mettent de la vie à Nandaime.
La Nandaimeña 98,1 FM
La radio communautaire du CCOAR est la seule radio de la région qui a une programmation suivant un code d'étique. Autant la musique, le contenu et les publicités sont choisis de manière à être en cohérence avec les valeurs du centre. Il n'y a pas de publicités de boissons gazeuses ou de cigarette, au contraire il y a des chroniques éducatives sur les moyens à prendre pour avoir une bonne hygiène de vie. Côté musical, la musique traditionnelle et régionale est priorisée, contrairement aux stations commerciales qui diffusent la même chose qu'aux États-Unis. La gestion de la radio se fait essentiellement par des jeunes, dont plusieurs ont reçu une bourse pour étudier en communication à l'université.
Une partie de notre groupe a participé à une émission sur un thème spécialement choisi pour les Québécois: le suicide. L'expérience s'est avérée être un défi de taille puisque toutes les connaissances de l'Espagnol ont été mises à l'épreuve avec, en plus, un thème plutôt sérieux. Mais le sujet montre bien la mission éducative de la radio. La société, la politique, l'alimentation, la culture, tous les thèmes sont abordés, même ceux plus tabous au Nicaragua comme la violence conjugale. Parce qu'elle fait toujours dans le professionnalisme, la radio La Nandaimeña est un atout pour la région de Nandaime.
Les vestiges de Somoza
La dictature de la famille Somoza (d'abord le père, puis le fils) a laissé une cicatrice évidente au Nicaragua. La fin de la dictature a été marquée par le début d'une guerre civile entre les Sandinistes et les «contras» financés par les États-Unis. Les plus vieux ont participé aux conflits armés, les plus jeunes ont des parents qui y ont participé et les autres connaissent les histoires d'horreurs qui sont arrivées près de chez eux. Le climat politique est encore fortement influencé par les souvenirs pas si lointains d'un Nicargua plutôt violent. Le manque d'investissement dans les services sociaux paraît encore partout autant dans les villes que dans les campagnes. Pas si loin de l'ex-résidence du dictateur Somoza, il y a la Churecca. Les bas fonds de la capitale, si on peut s'exprimer ainsi. La Churecca, c'est le dépotoir de Managua où vivent environ 150 familles. Ce sont des recycleurs, ils fouillent les débris pour trouver du carton, du plastique et du métal pour le vendre et survivre. L'endroit est évidemment contaminé et plein de maladies; la violence est courante.
C'est le bidonville typique avec les odeurs, les mouches et la drogue, mais il existe une organisation extraordinaire qui travaille avec les gens du bidonville. Dos Generaciones est formée d'une dizaine de personnes qui, par les arts, essaient de développer chez les jeunes une estime d'eux-mêmes. Théâtre, musique et arts plastiques sont au menu pour introduire des thèmes éducatifs sur la santé ou les droits de la personne. Les enfants sont visés par l'organisme parce qu'ils sont nés dans le dépotoir et ils n'ont connu aucune autre réalité que celle-là.
La rencontre d'un des responsables du centre m'a fait réalisé comment, même dans les situations qui semblent les plus pénibles, il existe des voies pour changer les choses. Si ici, les arts ont été utilisés, encore d'autres pistes pourraient être développées.
Devant ce travail acharné, il reste toujours une question: est-ce que je n'ai vraiment aucun lien avec la situation de ces gens-là?
Pas juste un voyage
L'expérience de rencontre avec la réalité du Nicaragua au CCOAR de Nandaime s'élève au-dessus d'un simple voyage. On appelle le voyage un « stage de sensibilisation », mais qu'est-ce que ça veut dire? À la différence de la coopération internationale, il n'y a pas vraiment de projet qui prend naissance de cet échange nord-sud.
Il est évident que les stagiaires apprennent énormément, mais que laissent-ils au Nicas? En fait, c'est un service payant offert par le CCOAR qui permet une entrée d'argent pour faire avancer ses activités. D'une part, il y a création d'emploi et d'autre part, les stagiaires reviennent en ne pouvant plus prétendre être « innocent ». Ils ne peuvent plus dire qu'ils ne savent pas comment vivent les producteurs de café ou comment travaillent les couturiers/ères qui fabriquent des vêtements destinés à l'Amérique du Nord, pour n'illustrer que ces exemples. Les stagiaires deviennent conscients du pouvoir qu'ils ont pour faire la différence. Ils peuvent consommer équitable, voter pour une politique plus solidaire, informer les gens autour d'eux ou s'impliquer dans des organismes de solidarité internationale.
Bref, après même seulement deux semaines au CCOAR, il est difficile de ne pas faire le choix de devenir acteur de son histoire plutôt que simple spectateur. Ce simple détail doit motiver les responsables du Centre parce qu'ils accueillent des Québécois depuis près de 18 ans et quelque chose me dit que ce n'est pas fini.
Auteur
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samÉtudiant au Cégep de Trois-Rivières. J'aime bien me faire passer pour un étudiant en journalisme pour aller parler aux touristes que je rencontre, c'est le seul truc que j'ai trouvé pour aborder les étrangers et ça fonctionne. Je guette les touristes pour entendre leurs histoires de voyageurs... |








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Commentaires
11 oct. 2008
Joindre les actes aux paroles, s'impliquer pour tenter de faire évoluer ses idées, c'est une noble ambition. Bravo ! Comme vous le dites, "[on ne peut] plus prétendre être innocent". J'apprécie personnellement vos interrogations sur l'échange et sa réalité. Personnellement, j'ai toujours un goût amer en bouche constatant que, de nos jours, seule la charité exprime la solidarité. La charité, avec tout son cortège de "bonne conscience à peu de frais", son coté "je choisis mes pauvres" et "devoir de chrétien" qui, par là, "gagne son paradi" laisse un doute sur la réalité de l'empathie et la solidarité humaine... Mais ce serait trop long à développer. Dommage que le texte soit "un peu" faible et ne donne pas plus envie de lire que ça, cependant on ne peut que vous dire merci pour ce témoignage et sa morale.