Travailler dans le bois
Par : Zoé Cohen-Solal
- 29 Septembre 2007
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Ils n'ont plus de scie mécanique. Leur condition de vie est devenue moins précaire. Mais ce sont toujours des travailleurs nomades. Ils changent de camp souvent, voient peu leur famille, et subissent les conditions météorologiques difficiles à longueur d'années. Ce sont les bûcherons modernes.
L'éloignement
La route qui mène au camp St-Pierre n'a pas d'autre utilité que de convoyer les travailleurs dans le bois. 250 bornes de chemin en terre brune, sillon entre les montagnes, des noms kilométriques. Les arbres défilent et l'image de la ville est abandonnée comme le souvenir d'une autre vie.
C'est un camp en préfabriqué. Un camp existant uniquement dans un but utilitaire, dormir, manger, attendre le prochain shift. Ephémère, aussi. Quand il n'y aura plus de travail, il n'y aura plus de campement. A l'intérieur, tout y est fonctionnel, pas de perte d'espace, c'est propre, une soufflerie siffle en permanence, jamais de musique, pas de photo, que des panneaux concernant la sécurité.
Quand les travailleurs partent travailler, il ne reste rien ici. Pas de souvenir, pas de trace humaine, que du standardisé pour assurer le minimum de confort. Il y a bien les cuisinières qui subviennent au bien-être des travailleurs, mais elles sont confinées à leur espace. Chacune connaît nominativement chaque bûcheron mais aucune ne connaît leur travail. Elles ne savent pas ce que font les hommes une fois sortis de table. Elles dorment, mangent et fument leurs cigarettes entre elles.
Certains bûcherons ne ressentent pas du tout cet isolement. Ils sont satisfaits de mener cette double vie. Une vie bien compartimentée, d'un côté la maison, de l'autre le bois. D'autres ont conscience de l'éloignement que cela génère avec leur entourage, mais ont choisi cette vie pleinement. Et d'autres regrettent. Ils ne pensait pas que la vie au grand air se paierait ce prix-là, cette vie presque monacale.
C'est un camp en préfabriqué. Un camp existant uniquement dans un but utilitaire, dormir, manger, attendre le prochain shift. Ephémère, aussi. Quand il n'y aura plus de travail, il n'y aura plus de campement. A l'intérieur, tout y est fonctionnel, pas de perte d'espace, c'est propre, une soufflerie siffle en permanence, jamais de musique, pas de photo, que des panneaux concernant la sécurité.
Quand les travailleurs partent travailler, il ne reste rien ici. Pas de souvenir, pas de trace humaine, que du standardisé pour assurer le minimum de confort. Il y a bien les cuisinières qui subviennent au bien-être des travailleurs, mais elles sont confinées à leur espace. Chacune connaît nominativement chaque bûcheron mais aucune ne connaît leur travail. Elles ne savent pas ce que font les hommes une fois sortis de table. Elles dorment, mangent et fument leurs cigarettes entre elles.
Certains bûcherons ne ressentent pas du tout cet isolement. Ils sont satisfaits de mener cette double vie. Une vie bien compartimentée, d'un côté la maison, de l'autre le bois. D'autres ont conscience de l'éloignement que cela génère avec leur entourage, mais ont choisi cette vie pleinement. Et d'autres regrettent. Ils ne pensait pas que la vie au grand air se paierait ce prix-là, cette vie presque monacale.
Des défricheurs, des voyageurs
J'ai la sensation de me retrouver dans un campement d'explorateurs. Ces hommes construisent des chemins dans une forêt boréale vierge. Ils défrichent des terres jamais inexplorées. Ils vont là où personne ne se rend. Quand je leur soumets la comparaison, tous rigolent et me répondent qu'ils sont simplement des travailleurs, des bûcherons. Et si dans 100 ans, le camp St-Pierre avait son musée, ses commerces, son cimetière, sa piscine olympique... Ils rient et retournent travailler.
La crise forestière
Le voyageur et le bûcheron se ressemblent. Tous ont refusé une vie en ville, un quotidien domestique, une routine de cadre de travail. Ils ont choisi la vie en plein air, avec ses contraintes, ses imprévus, son hostilité.
La différence est que le voyageur est libre. Il peut s'arrêter, repartir, choisir. Le bûcheron, lui, est désormais hôtage de son choix. Il ne dépend plus que de son employeur, de la demande de main d'oeuvre, de l'embauche. Son présent est miné par le souci du futur. Les usines ferment, Greenpeace attaque, le chômage frappe. Le travail forestier vacille.
Je ne voulais pas traiter directement de la (dé)forestation. Les crises entre des organismes tels que Greenpeace et les compagnies forestières (Abitibi Consolidated entre autres) sont très compliquées. J'ai retenu la leçon de mon deuxième film, je ne traiterai jamais plus de sujet si complexe en si peu de temps. En revanche, il m'a semblé intéressant de voir le côté humain de ce problème. De l'écologie humaine, en quelque sorte. Le travail forestier crée des emplois, nourrit des familles qui ont appris ce métier, de tradition. Le besoin en bois n'est pas tari, les solutions à la fois industrielles et écologiques sont recherchées, des scientifiques travaillent sur les camps dans tout le Québec, en tirant des leçons de l'histoire forestière du Nord de l'Europe. L'histoire québécoise forestière est loin d'être achevée.
Je tenais simplement à filmer ces hommes, qui reflètent une partie de l'histoire du Québec, de ses singularités, de son activité. Ce sont les bûcherons modernes.
La différence est que le voyageur est libre. Il peut s'arrêter, repartir, choisir. Le bûcheron, lui, est désormais hôtage de son choix. Il ne dépend plus que de son employeur, de la demande de main d'oeuvre, de l'embauche. Son présent est miné par le souci du futur. Les usines ferment, Greenpeace attaque, le chômage frappe. Le travail forestier vacille.
Je ne voulais pas traiter directement de la (dé)forestation. Les crises entre des organismes tels que Greenpeace et les compagnies forestières (Abitibi Consolidated entre autres) sont très compliquées. J'ai retenu la leçon de mon deuxième film, je ne traiterai jamais plus de sujet si complexe en si peu de temps. En revanche, il m'a semblé intéressant de voir le côté humain de ce problème. De l'écologie humaine, en quelque sorte. Le travail forestier crée des emplois, nourrit des familles qui ont appris ce métier, de tradition. Le besoin en bois n'est pas tari, les solutions à la fois industrielles et écologiques sont recherchées, des scientifiques travaillent sur les camps dans tout le Québec, en tirant des leçons de l'histoire forestière du Nord de l'Europe. L'histoire québécoise forestière est loin d'être achevée.
Je tenais simplement à filmer ces hommes, qui reflètent une partie de l'histoire du Québec, de ses singularités, de son activité. Ce sont les bûcherons modernes.
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Zoé Cohen-Solal |








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Commentaires
Val72 27 oct. 2007
Beau reportage, autant la version ecrite que le film qui paradoxalement nous rend les bucherons plus proches en ne les montrant pas immediatement. On commence par se concentrer sur leur lieu de vie, sur ce qu'ils disent,la façon dont ils le disent et c'est bien ce qui importe le plus, bcp d'humanité dans leurs voix, leurs mots, puis sur leurs visages, et dans ta video ! bravo!
thierry60 26 oct. 2007
très intéressant. J'aime la façon dont l'idée t'es venue. Tu vis le moment présent et cela se ressent.
laurmon 24 oct. 2007
Reportage intéressant. Il nous fait découvrir un visage peu connu de la réalité forestière. Sujet bien traité.
CéSo 22 oct. 2007
J'adore ce plaisir que tu as à vivre toutes tes expériences!!! Ça rend le jeu tellement plus agréable! Bravo pour ton 5ième film !
vico 22 oct. 2007
C'est calme et rythmé. Les images sont belles et apportent toutes bcp. Ca m'a bcp plu. Yeah à côté des machines, les troncs d'arbres passent pour des allumettes!!! BiZoo et pull uuuup bien sur ;-)
tic&tac 22 oct. 2007
Ca y est tu fais parler les gens ... et sans surprise c'est vraiment bien ! Continue.
Zapoppin 22 oct. 2007
ma zoozoo, je rejoins le commentaire de simon une gande simplicité et c 'est ca le plus dur le plus subtil le plus touchant tu sais filmer les gens capter le particulier tes images on ne l aura que trop dis sont comme toujours tres belle encor ! la vision de zoé sur la vie le monde les gens tu as un reel univers qui s affirme j ai l impression et donne envi d en voir encor donne des nouvel par mail perso bisous zapoppin
GRAND 22 oct. 2007
Je rejoins Kim pour dire que tu écris et parles très bien et que le reportage n'a pas apporté de plus, des hommes qui passent au snack,des vasques de salle de bain je respecte et admire le travail des bûcherons mais trop cliché/Canadien
Kim 22 oct. 2007
Je préfère la présentation écrite de ton reportage que le reportage lui-même. D'abord, il est désolant de ne découvrir les personnages qu'au bout d'une minute. On entend et on ne voit pas qui parle, ça devient rapidement irritant. Puis il y a tellement de personnages que l'on ne s'y retrouve plus dans ces confidences. Ton regard sur ce métier, les sacrifices qui l'accompagnent, le lieu et les conditions de travail, c'est sous ta magnifique et juste plume qu'il est le mieux rendu.
speedrider 22 oct. 2007
Bien aimé ton reportage sur ces maudits bûcherons .Simple et efficace. Bravo
elfe des nuages 22 oct. 2007
Quel plaisir d'aller à la rencontre de ces bûcherons et de connaître un peu plus leur style de vie! C'est un beau tout (images et contenu)!
simon??? 22 oct. 2007
c'est vraiment mon reportage préféré depuis tes débuts. c'est simple, sans prétention. l'absence de voix off me plait et les images sont (comme toujours avec toi) très belles. ça fait du bien cette sobrieté. Bravo, le métier rentre vitesse grand V. ce reportage est mature, calme, beau et interessant sans pour autant prétendre révolutionner quoi que ce soit et c'est parfait ainsi. je vais pas t'intellectualiser la chose... Va au plus simple (donc au plus dur), trouve le bon équilibre (voix off ou pas, ton image perso ou pas), j'ai l'impression que beaucoup te suivent et t'aiment. Fais toi confiance, fais toi plaisir... baisers
Rafa 21 oct. 2007
Mais qu'est-ce que tu racontes mon pauvre Plamondon ? Tu parles de quoi là ? Tu les connais les juges ? Ils t'ont dit quelque chose, tu crois qu'ils ont touché de l'argent ? Enfin bref, je ne vais pas m'acharner mais je trouve ça très con et pas du tout dans l'esprit du rallye d'emettre de tels jugements...Une réponse collective des juges sur le blog de Zoé ?
Bellevillette 21 oct. 2007
Je ne crois pas que le jury fasse du "favoritisme", d'ailleurs Zoé n'a pas toujours eu d'excellentes notes, or ce film est vraiment bon, peut-être pas "parfait" certes, mais la perfection cinématographique existe-t-elle ? En tous cas il mérite ses notes il me semble...
veronique l1 21 oct. 2007
UN MÉTIER QUI A BIEN CHANGER.SUJET TOUJOURS D'ACTUALITÉ.REPORTAGE EXCELLENT,JE SUIS BOUGER TOUCHER PAR L'AVENIR QU'ON RESERVE À NOS FÔRETS!
Plamondon 21 oct. 2007
Je trouve dommage de voir percer un certain favoritisme dans les notes attribuées par les juges. À mon avis, ce film était correct, agréable à regarder, mais loin d'être parfait.
Jeanne Boittin 21 oct. 2007
Ma prétention n'ayant aucune limite, je me plais à penser que tu as écouté mes conseils : des plans fixes bien montés, bien signifiants et voilà (papa). Du contenu, de l'émotion, un vrai propos sans mièvrerie ou digressions inutiles.L'archétype du reportage bien compris. La prof de cinéma a raison, il faut qu'elle le montre à ses élèves. (maman)
artman 21 oct. 2007
Yes!! on y est no comment, on touche a rien, on laisse comme ca et on se laisse porté par les histoires de ces personnages introuvables
didine 21 oct. 2007
ce texte est un vrai régal. et bravo pour la chute du film. vas-y continue à nous dire tout ce que tu vois, toi.
Bellevillette 21 oct. 2007
Waou ! Superbe Zoé, à tous points de vue !! C'est même émouvant, et une nouvelle fois tellement modeste. Ces hommes sont mis sur un piedestal juste par leur façon d'être, la plus naturelle qui soit : ils sont merveilleux par eux-mêmes. Il fallait une sacrée nana en face pour parvenir à ce résultat. Ca y est, on a notre vraie Zoé ! Bravo ma belle ! Tu peux être drôlement fière! Moi j'y suis ! Bisous
Lau 21 oct. 2007
on t'imagine bien passer la semaine dans ce mode d'homme ! bravo d'avoir si bien gagné leur confiance et pour nous retransmettre si sensiblement leur quotidien.
josquin 20 oct. 2007
zoé j'aime beaucoup! l'approche sincère de ton sujet fait preuve d'une belle capacité à communiquer avec les gens. tu restes à la fois en dehors de leur vie, mais ces images simple du début nous font decouvrir sans eux leur intimité. c'est tres fort la facon qu'ils ont de communiquer avec toi, et heureusement tu n'as pas mis de voix off pour ce film. peut etre prends tu de l'assurance envers les gens que tu rencontres? les histoires intimes des travailleurs et les images froides des arbres achevés mélangent d'une facon tres direct les questions de solitudes et d'ecologie. bravo zoé pour ce film et ces textes qui sont avec les images la preuve de tes talents!! ben oui ben oui... bise bise
marcus 20 oct. 2007
C'est très bien de faire parler les gars et de montrer l'activité en même temps. Ils parlent bien, sont calmes. Beau reportage.
Rafa 20 oct. 2007
Ton texte de présentation me plait, les photos aussi et puisque j'ai découvert que tu pouvais écrire, je m'autorise un conseil : n'hésite pas à insérer de ton encre dans ce protocole de présentation, pas forcément personnel souvent, ça rajoutera encore un peu de toi, tu dépassera le genre et peu à peu, j'imagine que tu parviendra à la parfaite harmonie que tout le monde attend entre la Zoé cinéaste et la Zoé écrivain. Yo !
Rafa 20 oct. 2007
Alors c'est ça la coupe à blanc... cette dénaturation qui nous faisait flipper dans "l'erreur boréale", tu l'as humanisée, simplement, sans artifice, sans fioriture, c'est intelligent au-delà de la beauté qui s'en dégage et je me dis que le jugement est décidément une chose dont il faut se méfier. A Paris, tu disais que tu voulais montrer des barbares et finalement, tu as rencontré des humains, trop humains, certes (je sais, l'allusion est facile...). Mais moi, j'aime et c'est bon de se dire parfois que la surprise domine l'intention, que l'inattendu est plus riche que l'envisagé mais ça, tu le sais mieux que moi. Encore un beau film, sans voix off - qui aurait probablement enlevé quelque chose à ce style dans lequel je te reconnais davantage. Bravo, encore bravo, ton poto vraiment fier de toi.