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620

Par : Florian Gouthière

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Les cartes routières du Québec sont souvent coupées, dans leur partie supérieure, au niveau de la ville de Matagami. Une simple flèche, pointée en direction du Nord, quitte la ville ; accompagnée de cette mention laconique : "Radisson, 620 km (route de la Baie James)". Parce que ces 620 kilomètres m'avaient été décrits comme austères et monotones, j'ai souhaité partir à la recherche de trésors cachés le long de la route...

Kilomètre 0

Certains pick-ups et gros transporteurs n'ont gagné la ville de Matagami que pour y faire une courte halte. S'ils ont bifurqué à droite au niveau du très discret panneau de métal marqué d'un "0", c'est pour remplir leurs réservoirs d'essence et prendre un dernier café à la station service avant de repartir en direction du Nord.

Sur le bord du chemin, habillé en orange pour être vu de loin, un müvmédien lève le pouce au ciel, tout plein de l'espoir d'être adopté comme compagnon de route par un voyageur motorisé se rendant vers la ville situé au bout de la route : Radisson. À 620 kilomètres de là. Peu de ces camions se rendent, en semaine, jusque là, empruntant plus souvent la route d'asphalte pour bifurquer vers les villages amérindiens dispersés à plusieurs centaines de kilomètres à l'ouest via des chemins de graviers. Le müvmédien sur le bas côté, l'ignore encore – de même qu'il ignore que 20 heures lui seront nécessaires avant de parvenir à ses fins. Pourtant, s'il a refusé l'opportunité qui lui était donnée de prendre la voie des airs pour gagner Radisson, ce n'est pas par inconscience. Son objectif : prendre le temps de voyager, prendre le temps de voir, prendre le temps de comprendre. Et peut-être, ainsi, débusquer des trésors cachés le long d'une route pourtant réputée monotone.

Une route à peine trentenaire...

La route de la Baie James est une route jeune. Son chantier, initié en 1971, s'est achevé en 1974. L'objectif premier était de pouvoir acheminer hommes et machines jusqu'aux futurs sites des centrales hydroéléctriques implantés le long de la rivière La Grande. Selon la légende industrielle, les 420 milles de la route auraient été aménagés en un temps record de 420 jours de travail.

Cette route, tout juste trentenaire, a considérablement modifié le paysage de la Jamésie. Autrefois, les voyageurs, qu'ils soient missionaires ou amérindiens, empruntaient la rivière Rupert depuis le Lac Saint-Jean, avant de s'enfoncer à pied, en raquette ou en traineau à chiens, au travers de ses immensités boisées. Bien qu'on puisse l'oublier, l'histoire de la région n'est pas, elle, trentenaire...

L'homme est un castor électrique

Au kilomètre 257, un pont enjambe la tumultueuse et imposante rivière Rupert – l'une des dix plus grandes du Canada. Depuis la route, le voyageur aperçoit les puissants rapides Kaumwakweyuch (ou "rapides d'avoine"). Le 11 janvier 2007, les travaux de construction de deux nouvelles centrales hydroélectriques Eastmain-1A et Sarcelle, et avec eux la dérivation du cours supérieur de la rivière Rupert, ont été officiellement lancés.

En 2007, la production électrique annuelle du Complexe La Grande s’élève à environ 83 térawattheures (TWh), soit environ 43 % de l’électricité consommée au Québec (estimée à 193 TWh en 2003). Les sept centrales hydroélectriques du Complexe La Grande, construites entre 1974 et 1996, ont une capacité installée de 16 021 mégawatts (MW) et fonctionnent en moyenne à 60% de leur capacité.

Ce projet est cependant loin de faire l'unanimité. Outre plusieurs associations écologistes (notamment le collectif Révérence Rupert), de nombreux cris des villages de Waskaganish, de Nemaska et de Chisasibi expriment publiquement leurs craintes quant à la nécessité du projet et à son impact sur la faune, la flore et les modes de vies ancestraux.

Ayant déja parcouru plusieurs milliers de kilomètres pour photographier, en 2003, les rives du fleuve Yangzi Jiang, en Chine, elles aussi condamnées par la construction du désormais célèbre barrage des Trois Gorges, m'arrêter quelques heures aux abords de la rivière Rupert m'est apparu naturel et nécessaire. Par delà les enjeux écologiques et économiques attachés aux évènements politiques actuels, mes pensées se sont plutôt portées sur la splendeur du paysage, éternité devenue éphémère, faisant naître en moi le désir de découvrir un autre trésor : les récits, les légendes, la mémoire rattachée à ce lieu et à ses splendeurs.

Ainsi ai-je consacré une longue partie de mon séjour dans la Baie James à chercher à recueillir des témoignages des temps d'avant la Route de la Baie James auprès des habitants de la région. Avec la collaboration de la radio communautaire de Chisasibi et après un nombre considérable de coups de téléphones, je suis parvenu à saisir l'attachement des cris pour ce territoire. Submergé par la richesse de ces informations, il m'a été impossible d'extraire de plusieurs heures d'enregistrement – essentiellement en anglais – un "reportage audio" pour accompagner ce reportage pour müvmédia. Après trois semaines passées sur les routes du Nord, la complexité et l'immensité de la culture des autochtones de Jamésie s'est brusquement révélée à moi, me laissant interdit, frappé de stupeur.

Matsutake

Au delà du kilomètre 381 (où se trouve le seul relais routier de la Route) cesse la "forêt commerciale". Les arbres qui poussent après cette limite sont jugés de qualité trop faible pour mériter une exploitation. De fait, les incendies qui ont lieu au delà de ce point sont rarement combattus...

Pourtant, dans ces forêts se trouve un véritable trésor. Depuis quelques années, certaines personnes ont en effet découvert que le précieux champignon matsutake, négocié plusieurs centaines de dollars le kilo au Japon, pousse en bonne quantité dans certains recoins des bois. Lors de notre voyage, nous avons rencontré plusieurs équipes de professionnels venus expertiser le terrain. Ces étendues, si longtemps négligées, semblent fort prometteuses...

Il est cependant nécessaire de rappeler que ces sites se trouvent sur les territoires de chasse et de trappes des autochtones. Si une association comme l'ACCHF (association pour la commercialisation des champignons forestiers) exprime sont souhait de collaborer avec les populations amérindiennes pour la localisation et la valorisation des trésors qui poussent sur leurs terres, d'autres pourraient être tentés d'exploiter ces ressources sans respect pour les sites ou les plus légitimes bénéficiaires des ressources. La crainte des communautés locales est, ici encore, grande de voir "le Sud" venir piller "le Nord"...

Pêché d'orgueil

Venu pour découvrir quelques trésors le long de cette Route de la Baie James, l'esprit conquérant, ceux-ci se révèlèrent bien trop nombreux. À tout le moins, 620.

Trop de sensations, trop de récits, trop d'histoire... Ma vanité de reporter et de voyageur, durant cette étape du rallye Müvmedia, en a pris un coup. Ma conclusion, après cette expérience troublante et infiniment enrichissante, fait cependant écho à mon premier désir de lenteur et de découverte. La nécessité qui s'est révélée a moi durant ces jours précieux, est celle du retour.

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Commentaires

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Francis 09 oct. 2007

la morphine,en milieu hospitalier... et les reportages de florian...merci pour cette belle envolée. bises

tic&tac 08 oct. 2007

EXCELLENT !!! Mon commentaire est la copie de la semaine dernière (drole interessant bien fait balbla) mais là c'est sans bémol. En effet tu as su te mettre cette fois devant la caméra de manière judicieuse (unique bémol de ton reportage précédent) et alors là que demander de plus. Si peut etre de faire partie des missions micologique d'Ontario ... Continues !

Klara 08 oct. 2007

Merci de nous ouvrir la route, Flo... vers "l'éternité... éphémère". a+ continue bien, Klara

Alice au pays des merveilles 08 oct. 2007

Salut Florian, j'ai bien aimé ce reportage, et surtout j'ai aimé le fait que tu a choici un sujet qu'on pourrait peut etre dire inattendu et original et moi j'aime bien ça, aller decouvrir ce qui parait normal, connu et tenu pour sur (je ne sais pas si on dit ça en Français)et donc decouvrir des choses que l'on ne s'attend pas. Ah, qu'est'-ce que j'aimerais pouvoir te suivre dans cette merveilleuse avonture! Tu sais, toute cette histoire des reportages et decouverte m'a donné envie de commencer moi meme faire des reportages...bon, je te laisse et je dis "in bocca al lupo"!! Bisous

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BenBorisE 07 oct. 2007

Comment Flo? Tu n'as pas mis en ligne la recette du caribou au champignon? Dommage... :o) Merci quand même pour les BB phoques et les zamis des zanimaux de la forêt. Bonne et longue root! Ben

Lau 07 oct. 2007

L'humour, c'est du pur flo, jusque dans la dernière seconde ! Belles images, et bon rythme. Il me manque juste une chose : qu'y a t-il au bout de cette route mytique ? J'espère qu'on le verra la semaine prochaine. Merci Flo, Continues, surtout continues.

Bobby chéri 06 oct. 2007

Excellent je me suis poilé au début, à la fin pendant... et j'ai vraiment été attentif à ce que tu avais déniché.. C'est vrai j'aurai aimé en connaitre d'autres de ces trésors.. tu donnes envie. Tu montes d'un cran encore pour moi ! T'arrêtes pas ! Laches les chiens !!!

SteveProulx 20 sept. 2007

J'ai trouvé le ton du reportage fort sympathique, comique. Par contre, il me semble qu'il y avait deux sujets dans ce topo. La rivière Rupert ou M. Champignon. On aurait pu se concentrer sur un seul et développer davantage. Car en ce moment on reste sur sa faim. Ils ont l'air délicieux d'ailleurs ces champignons!


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