Accueil / reportages / Florian Gouthière

Frontière

Par : Florian Gouthière

Le vidéo sera disponible dans un moment. Merci de patienter.
Assurez-vous d'avoir au moins la version 9 de flash installée sur votre ordinateur.

Nous nous sommes rendu à 55° 17' N, 77° 46' O, dans un village singulier abritant deux communautés autochtones, inuit et cri. Une frontière légale divise ce village en deux sous-localités distinctes : Kuujjuarapik et Whapmagoostui. Institutions municipales séparées, traitement distinct, selon l'ethnie, dans le centre de santé... Cette frontière, pourtant, n'a pas toujours été là.

"Avant"

Cette frontière n'a pas toujours été là. Jusqu'à la fin des années 70, nous racontent les aînés, les deux communautés vivaient en bonne entente. Cris et inuits vivaient dans une même rue, et les enfants allaient à la même école.

Les accords de la Baie James, en 1980, en reconnaissant les droits des communautés autochtones à s'organiser de façon autonome dans des territoires précisément circonscrits, ne faisaient pas rentrer dans l'équation une situation de peuplement aussi particulière que celle du village de Poste-à-la-Baleine. La démarcation actuelle entre une zone inuite et une zone cri et, de par le fait, le dédoublement des institutions dans le village, sont la conséquence directe de cette importante décision historique.

55° 17' N, 77° 46' O...

Au delà du 55ème parallèle, en pleine zone hémiarctique, à 100 kilomètres au sud de la limite de toute forêt, se trouve un village particulier en tout point.

Première source d'étonnement, sinon de confusion : sa toponymie. Fait unique au Québec, “il” possède en effet trois noms officiels : un français, Poste-à-la-baleine, un en inuktikut, Kuujjuarapik (littéralement, “petite grande rivière”), et un en langue cri, Whapmagoostui (selon les traductions, “rivière du béluga” ou “là ou il y a des baleines”). À noter une quatrième désignation, anglophone, de Great Whale River, qui se retrouve dans un certain nombre de documents.

“Il” est par ailleurs le village inuit situé le plus au sud. “Il” est aussi le village cri situé le plus au nord.

Ce village, en effet, abrite simultanément les deux communautés autochtones, dans deux sous-localités précisément définies sur les cartes des administrations municipales... deux sous-localités qui ne sont pas pour autant, d'un point de vue officiel, deux quartiers. Le voyageur franchit la ligne de démarcation sans s'en apercevoir, plusieurs fois en une minute. Rien de commun, cependant, avec ces villes bâties à la frontière des états ou des régions : ici, nous sommes bien au coeur du Québec, au coeur du Nunavut, et la “ligne” n'est ni tracée au sol, ni même mentionnée par des panneaux. Et pourtant... d'un côté de cette frontière sinueuse vivent les inuits. De l'autre, les cris.

Le tableau

Pour moins de 1400 habitants (on compte en 2007 environ 780 cris, 580 inuits, ainsi qu'une trentaine de résidents permanents non-autochtones), la localité compte pourtant deux écoles, deux postes de police et deux offices municipales. Dans chacun des cas, l'un est inuit, l'autre cri. Si les deux communautés partagent le même service de santé, inuits et cris sont soignés dans deux parties séparées du premier bâtiment. Dans le bar proche de l'aéroport, les deux groupes faisaient encore très récemment bande à part. Et puisque nous parlons de l'aéroport, mentionnons au passage que les billets d'avions peuvent être réservés pour ou depuis Kuujjuarapik ou Whapmagoostui, selon que l'on emprunte la compagnie aérienne gérée par l'une ou l'autre communauté (voir encadré ci-dessous).

Des indices dès avant l'arrivée...

40 minutes de vol seulement vous seraient nécessaire pour rejoindre le village depuis le nord de la Baie James. Vous pouvez demander un billet pour Kuujjuarapik à l'aéroport de La Grande (Radisson) d'où décollent les avions d'Air Inuit. Pour les vols vers Whapmagoostui, il vous faudra vous rendre à Chisasibi, village cri situé à 80 kilomètres à l'ouest de Radisson, et emprunter la compagnie cri Air Creebec. Kuujjuarapik et Whapmagoostui sont certes un même village, qui n'a qu'un seul aéroport. Mais les vols d'Air Inuit ne partent pas de la communauté cri de Chisasibi, de même que ceux d'Air Creebec pour le Nunavik ne partent pas de Radisson. Le nom de cette même destination varient ainsi selon la compagnie aérienne.

Autre détail significatif : les guides touristiques officiels édités par l'association touristique du Nunavik ne mentionnent le nom de Whapmagoostui qu'une seule fois, à titre anecdotique, dans la section consacrée à l'histoire de Kuujjuarapik. La documentation touristique cri de la Baie James parle, elle, de Whapmagoostui, ne faisant que rarement cas ou mention du nom inuit.

Aujourd'hui et demain...

Aujourd'hui, nous confie-t-on, "les relations vont en s'améliorant". De plus en plus fréquemment, les institutions des deux côtés du village collaborent pour le traitement de différentes affaires courantes – notamment les services policiers. Fait significatif, des couples mixtes existent, parfaitement intégrés dans la communauté. La frontière, peu à peu, lentement, cesse d'être l'obstacle qu'elle a constitué trois décennie durant.

Rien n'est simple cependant. Cette frontière, en un sens, a garanti de part et d'autre la sauvegarde d'une certaine identité culturelle. Néanmoins, la séparation des institutions a aussi eu de nombreux effets pervers. Les qallunaat (terme inuit pour les personnes non autochtones, signifiant littéralement "ceux qui prennent un soin particulier leurs sourcils" !), bien que peu nombreux, apparaissent occuper des rôles stratégiques d'interface entre les deux sous-localités. Ce sont eux, aussi, qui occupent les postes à responsabilités, sont les infirmiers, les enseignants...

Après une semaine passée dans cette localité singulière, mon sentiment est que tous, ici, ne pâtissent pas nécessairement d'une situation de séparation et de confusion. À l'heure de prendre l'avion de retour (en empruntant une compagnie différente qu'à l'aller !), en me retournant vers le village de Poste-à-la-Baleine, Kuujjurapik, Whapmagoostui, je songe avec une certaine amertume que certains ont tout intérêt à maintenir diviser, pour mieux régner.

Pour poster un commentaire, connectez-vous.

Commentaires

image article
Ginette 08 nov. 2007

Très bon reportage de ce village du Nord québécois. Moins aimé les sautillements de la caméra. Mon ami travaille comme enseignant, Entretien des édifices nordiques. C'est un Blanc. Il y travaille depuis un an, coté cri, mais a su tissé des liens dans les deux communautés. Les paysages sont à couper le souffle et l'air y est bon le long de la Baie. Bon courage pour le reste de votre périple. Ginette Allard

image article
Gaby-Françoise 06 oct. 2007

Super! je me suis toujours intéressée aux INUITS et peuples "minoritaires" et cela me donne envie d'aller voir par là. j'ai beaucoup aimé ce reportage : clair,bien ancré dans l'humanité. Françoise et Gaby NZA

image article
tata 04 oct. 2007

trés bien construit.Le commentaire est juste; avec une distance qui te permet de faire un commentaire perso intelligent.

image article
lesloups 04 oct. 2007

nul. sur la route de la baie-james.... De temps en temps on voit même des loups. ça pue on s en fout des inuits

Bobby chéri 02 oct. 2007

Continues !

tic&tac 02 oct. 2007

Sujet intéressant et bien réalisé, minutage et enchainement bien calculé. Le résultat est vraiment très bon et le ton bien plus entraînant que le premier reportage. Bref je suis fan, seul (tout petit) bémol les plans de toi meme en train de réfléchir ; je suis sur que le jury de muvmedia vous pousse à montrer une implication personnelle mais franchement je trouve que ca colle pas.

bouana 01 oct. 2007

Deuxième sujet original mais celui-là est traité de belle manière tu as trouvé le ton ...bien

image article
30 sept. 2007

Quel plaisir de te suivre dans tes nombreux questionnements! La curieuse en moi fut pleinement comblée! Merci pour le professionnalisme, pour la rigueur, pour la clarté visuelle, mais aussi pour la créativité, l’humour et la beauté! Je n’en reviens tout simplement pas que tu aies réussi à obtenir autant de ce petit village pas comme les autres... Les gens t’ont fait confiance et tu leur a bien rendu. Avec ce petit trois minutes, tu viens de prouver à tous que tu es tout, sauf un touriste. Bravo! Mais au fait, je me demandais... as-tu fini par en voir des Roméo et des Juliette?

Alice 30 sept. 2007

Félicitations!!!Ce reportage te ressemble d'avantage. Le sujet est bien choisi et tu nous tiens en haleine jusqu'à la fin du reportage...et la conclusion est parfaite!

image article
begonia 30 sept. 2007

super reportage, interéssant et instructif

Lau 30 sept. 2007

I'm verry proud of you !

image article
Bellevillette 30 sept. 2007

Fan de Zoé et là il faut bien le reconnaître :-) très beau reportage, à tous points de vue !! Un "adversaire" de taille, chouette on va se régaler !

Alice au pays des merveilles 30 sept. 2007

Florian, c'est génial! J'ai vraiment aimé..tout! Le sujet, la façon dont tu as construit ton reportage, les interviews (dommage que le reportage doit etre si court...). et toute l'histoire est super interessante, ça donne envie d'y aller pour decouvrir encore de choses...


Évaluer ce reportage

  • 160 votes
  • Vu 4027 fois

Veuillez vous connecter pour voter