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Wapikoni mobile

Par : Florian Gouthière

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À la croisée de deux longs chemins,

Prendre la route pour raconter des histoires ou faire raconter des histoires...

Sur les routes du Québec, je suis parti à la rencontre – pour ne pas dire à la poursuite – de la caravane Wapikoni mobile. Elle même part, très souvent, sur ces mêmes routes, au devant des communautés autochtones du pays. À son bord, un studio vidéo complet, des caméras professionnelles, des tables de mixages... et quelques formateurs compétents et dévoués, investis d'une mission à la fois simple et révolutionnaire, ambitieuse et nécessaire.

Diagnostic...

Donner les moyens aux jeunes des communautés isolées tout à la fois de prendre la parole, d'exprimer leur vision du monde, de délivrer un message, d'apprendre à manipuler des outils et, plus fondamentalement, de créer. Vivant dans des sites souvent isolés, les réalités du quotidien sont parfois difficiles. Le taux de suicide est cinq fois supérieur chez les autochtones que dans le reste du Québec. La situation, bien sûr, n'est pas homogène, variant sensiblement d'un site et d'une communauté à l'autre. Elle n'en reste pas moins très préoccupante. Et si le village d'Oujé-Bougoumou, souvent décrit dans les brochures touristiques comme une “communauté modèle”, apparaît l'un des moins touchés par le fléau, il n'est cependant pas épargné par une certaine forme de morosité. “[Les jeunes] s'ennuient beaucoup à Oujé” confie une adolescente à l'une des formatrices du projet Wapikoni. “Il n'y a pas grand chose à faire, on fait toujours les mêmes choses !”

Cette affirmation peut de prime abord surprendre : aires de jeu, terrains de sports, complexe sportif ultramoderne avec une patinoire, une piscine et une salle de musculation high-tech, ont été implantés à grand frais dans ce village de 700 habitants. Ron, 29 ans, responsable de la salle de musculation du complexe sportif, parcours avec nous les salles du complexe déserté. “Beaucoup de jeunes veulent tout avoir, tout de suite. Ils ne veulent pas se fatiguer. Ils traînent, et ils s'ennuient.” Il estime que la plupart des jeunes manquent de s'investir pleinement dans une activité, qu'elle soit sportive ou non.

... et ordonnance

Extérioriser le mal-être, trouver de nouvelles motivations, acquérir de nouvelles connaissances, mener à bien des projets, prendre confiance en soi. Voilà pour l'ordonnance. Un mois par an, sur invitation de la communauté, la caravane Wapikoni mobile propose une cure intensive de créativité, de découverte et d'entrain, en accès libre pour chacun. Tous les jeunes, de 15 à 30 ans, peuvent pousser la porte de la caravane pour observer, manipuler, échanger et découvrir, en compagnie de trois formateurs attentifs et patients. Dans les faits, des mains plus jeunes et des yeux plus âgés ne reçoivent pas mauvais accueil : seuls comptent en effet la curiosité, l'envie et l'intérêt - tous trois au centre du processus.

Objectif autonomie

Au terme de l'escale, un minimum trois projets audiovisuels – conçus et réalisés par les jeunes avec l'assistance de l'équipe Wapikoni – seront présentés à la communauté, de même que l'ensemble des créations musicales produites au cours d'ateliers formels ou informels. Dire que la qualité des productions est au rendez-vous est un euphémisme. Les résultats, en effet, sont tout bonnement stupéfiants, le fond et la forme étant toujours présents. Année après année, les formateurs tendent à jouer un rôle de plus en plus discret dans le processus de réalisation. “Le but du Wapikoni mobile c'est que, à long terme, les communautés s'approprient le medium”, explique Marie-Geneviève Chabot, formatrice à l'escale d'Oujé-Bougoumou. Un objectif déjà atteint dans deux communautés du territoire québécois, qui disposent aujourd'hui d'un studio permanent géré par les jeunes formés au fil des ans par l'équipe mobile.

Qui portera ses fruits

L'escale en ligne

Pour plus d'information sur l'aventure Wapikoni, visitez le site officiel du projet; une page est consacrée à l'escale 2007 à Oujé-Bougoumou. Vous trouverez aussi des vidéos et des podcasts réalisés au cours des trois années d'existence du projet.

Vous trouverez plus d'informations sur la communauté d'Oujé-Bougoumou sur le site du village.

Un trop court mois s'est écoulé, que la caravane repart déjà. La frustration est double, pour les formateurs comme pour les jeunes de la communauté. L'intérêt de ces derniers n'a cessé de croître au fil des semaines, le visionnement des premiers montages catalysant de nouvelles envies et de nouveaux projets à quelques jours de la projection. L'investissement précoce croît, de fait, à chaque retour de la caravane, les projets gagnant toujours plus en qualité et en complexité. Certains habitants des villages projettent de faire vivre le projet, à une autre échelle, durant l'intervalle de onze mois entre les escales du Wapikoni mobile. Motivation, ambition, investissement, prise de responsabilité sont quelques un des beaux fruits de ce projet.Ce ne sont cependant pas les seuls. Comme le souligne Karine van Ameringen, elle aussi formatrice à l'escale d'Oujé-Bougoumou, les films produits dans le cadre du Wapikoni offrent aussi à toutes les personnes extérieures aux cultures autochtones une chance unique de découvrir les histoires que les membres des “premières nations” ont à faire partager. Des passerelles, peu à peu, d'années en années et d'escales en escales, sont tendues entres les cultures. La caravane Wapikoni a reprit la route. Pour faire raconter des histoires, et véhiculer ces histoires.

A la croisée de deux longs chemins,
Prendre la route, pour raconter des histoires, et faire raconter des histoires

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Commentaires

Florian Gouthière 04 oct. 2007

Communiqué de presse tout frais... "De 5h à 7h, le 12 octobre, dans la grande tente à côté de la SAT, 1195 St-Laurent (près René Lévesque), Montréal : dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma, grand lancement annuel des oeuvres des jeunes réalisateurs autochtones. Ils seront là, descendus pour vous de leur lointaines communautés." Voilà ! Merci à Julien pour cette info !

Florian Gouthière 01 oct. 2007

Petite information que j'hésitais à inclure dans le corps du reportage (pour des raisons pas trop compliquées à deviner)... Mais bon, Tic&Tac et plusieurs d'entre vous la réclame ! Alors je m'exécute... :) Wapikoni Awashish est le nom d’une jeune leader des Premières Nations décédée en mai 2002, dans un accident de la route. Elle a collaboré avec Manon Barbeau, initatrice du projet, sur le prototype de la caravane de formation audiovisuelle. C’est pour lui rendre hommage que le studio itinérant porte son prénom.

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danielle Boeuf Gaillard 28 sept. 2007

La grandma de Léonard Ah....Voyager...Pour donner à voir, à comprendre : pour cela merci. "Haut les coeurs!" et toute mon affection.

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La tante du beauf 27 sept. 2007

Merci Florian d'avoir choisi ce sujet. Lors de notre voyage au Québec en 1992, nous avions éprouvé une grande tristesse et de la colère en constatant que la "belle" civilisation du progrès avait, une fois de plus, eu pour effet de détruire la fierté et la dignité des Autochtones. Grâce à ton reportage nous pouvons constater et apprendre que les têtes se relèvent. Merci aussi pour les liens; on y a pprend plein de choses. Côté réalisation j'aime pas trop la caméra qui donne le mal de mer dans la caravane, mas les choix des réalisateurs, n'est-ce pas????? En tous les cas bonne route et ne lâche pas le fil

tic&tac 25 sept. 2007

Bien bien mais au fait Wapikoni ca veut dire quoi ?

zazá 24 sept. 2007

Tu t'es lancé dans un sujet très intéressant et en général peu abordé ou de facon superficielle: la réalité des autochtones au Québec. Ce reportage m'a appris quelque chose et je t'en remercie.

bene 24 sept. 2007

le sujet en valait la peine

bouana 23 sept. 2007

..désolée faute de frappe..."pas mal pour un premier reportage"

bouana 23 sept. 2007

Sujet original et intéressant qui aurait mérité d'être mieux construit mais mal pour un premier reportage

LorieAnne L 23 sept. 2007

Bravo Florian, bien aimé ton reportage. Tu est venue de si loin esperons tu as aimer le Nord Québecois. Lorie de Radisson

Alice 23 sept. 2007

Merci Florian, de nous présenter cette initiative . J'attends avec impatience ton nouveau reportage!!

Alice au pays des merveilles 23 sept. 2007

Salut Florian! Ce reportage est vraiment très interessant, et puis quel endroit magnifique!! j'aimerais tellement etre là avec toi!!! Alé, bon courage e bon travail!!

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22 sept. 2007

Quel beau parallèle que tu as fait entre le rallye et la Wapikoni Mobile!!! Quelle belle métaphore en parlant de la route et des histoires... Bravo! Ce reportage vraiment intéressant m’en a appris beaucoup sur un sujet original et captivant. J’ai beaucoup aimé : 1- tu as laissé parler les gens et c’est ce que je voulais entendre. 2- le texte d’accompagnement était clair et répondait bien à mes questions. 3- le rythme choisi, c’est-à-dire le calme, collait merveilleusement bien au thème. 4- la structure du reportage était claire, défini et il était facile de se laisser guider (début, fin, suite logique). 5- l’apparition de l’homme après le générique était tout simplement sympathique. Tu as été audacieux dans la 1ère destination choisie et le résultat est magnifique! Continue ainsi!

artman 22 sept. 2007

une réalisation vraiment top mais un regret: ne pas en voir assez sur ton voyage ni sur l'experience que tu es en train de vivre...domage

Rafa 22 sept. 2007

Après un blog passionnant et tenu scrupuleusement, voilà un dossier vraiment bien constitué, documenté, du travail, un sujet parfait, tout cela certes, mais ton film est bien moins explicite que son annonce. En fait, je trouve que tu te la racontes plus que tu ne racontes. J'espère que le prochain me fera changer d'avis.


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