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Scratch parc

Par : Annick Blanc

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Lorsque les églises se vident et deviennent des bâtiments fantômes, certains ont l'audace de redonner vie autrement à ces colosses abandonnés. Et si les condominiums de luxe n'étaient pas la seule destinée de nos églises recyclées?

Il est difficile de lever les yeux à Chicoutimi sans tomber sur un clocher d'église. La ville de 65 000 habitants ne comporte pas moins de 12 églises et une cathédrale, sans compter une multitude de petites chapelles.

Pourquoi tant d'églises? Le père Gaëtan Thibault, de la cathédrale de Chicoutimi, m'a expliqué qu'elles ont été pour plupart érigées dans les années 50, alors que la population était croyante et pratiquante à 90 %. Chaque quartier tenait à l'époque dur comme fer à posséder son propre lieu de dévotion.

Aujourd'hui, la réalité est toute autre. À Chicoutimi (comme ailleurs au Québec), les églises se vident et deviennent des monuments fantômes.

En sondant l'opinion des Chicoutimiens, j'ai obtenu presque uniformément la même réponse : "croyant mais non pratiquant". Pourquoi? Faute de temps, souvenirs d'une institution trop oppressante, envies de grâces matinées... les raisons sont multiples.

Lorsque le diocèse de Chicoutimi s'est vu obligé de réunir la paroisse St-Nom-de-Jésus à la paroisse de la Cathédrale, l'institution désirait louer le bâtiment plutôt que de le vendre.

Un projet en particulier a retenu l'attention de l'institution religieuse: la délocalisation du Skate Parc intérieur de Chicoutimi.

Selon le diocèse, tout allait de soi: la bâtisse se prêtait bien à cette expérience grâce à ses hauts plafonds, le projet permettait de rendre le bâtiment aux jeunes et il comportait même une vocation de formation. Effectivement, en 2006, le Skate Parc de l'église inaugurait le premier programme de Sport-Étude avec concentration en skate, en patin à roues alignées et en BMX au Québec.

Le projet était né. L'église St-Nom-de-Jésus se vidait de ses bancs pour faire place aux pentes de skate. Les crucifix, le chemin de croix et les confessionnaux quant à eux restaient en place. Pour le diocèse, c'était un moyen de conserver cette partie de leur patrimoine et pour le Skate Parc, c'était le moyen de créer un lieu unique et d'afficher une facette de notre histoire.

Les jeunes que j'ai rencontrés au Skate Parc m'ont bien fait comprendre que leurs périples entre les murs de St-Nom-de-Jésus n'avaient rien de religieux. Lorsqu'ils "skatent", ils ne voient ni crucifix, ni confessionnaux. Une seule chose compte: l'obstacle et eux. Mais ils apprécient grandement de pouvoir "skater" au frais en été et au chaud en hiver... (D'autant plus que faire de la rampe en ville est illégal.) Et puis, ils avouent que l'endroit est assez classe... Effectivement, le mélange est assez surprenant.

Quand à ceux qui se sont scandalisés auprès de Gaëtan Thibault qu'on faisait du skate devant les statues, ils n'ont obtenu qu'une seule réponse: "Les statues sont en plâtre; ça les dérangent pas ben fort."

C'est ainsi que le pieux silence des messes délaissées fait place au bruit fracassant des skates qui parcourent les pentes, aux cris des jeunes projetés en l'air, à leur musique, à leur mode, à leur style. La vie prend sa place et suit son cours alors que les besoins changent. Un beau pied de nez à ceux qui croient que nos églises finiront toutes transformées en condominiums de luxe.


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Commentaires

Florian Gouthière 25 Sep 2007

Mon commentaire ne sera pas très constructif, mais : J'adore.


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